Canal Street, un petit village pour une grande avancée des libertés civiles

En se baladant dans Canal Street, en plein centre de Manchester, on se dit qu’on pourrait facilement passer à côté, ne pas prêter réellement attention à cet endroit qui s’étend sur seulement deux petites ruelles. On comprend aussi, rapidement, qu’on atterrit dans un lieu vivant, chaleureux et accueillant qui ressemble beaucoup à Amsterdam. Mon amie Ana m’a parlé de cet endroit qu’elle trouve très romantique le soir. Je dois admettre avoir été étonnée de découvrir qu’il s’agissait du quartier gay de Manchester. On associe souvent ces quartiers à la fête et à la légèreté, plus difficilement au romantisme. Mon ami Maxime, lui, m’a conseillé ce lieu, pour ces moments où l’on cherche un bar dans lequel on pourra terminer la soirée, quand tous les autres endroits sont fermés. Cette vision me semblait déjà plus évidente.

Je n’imaginais pas encore à quel point ce lieu était chargé d’émotions et j’allais découvrir qu’Ana et Maxime avaient tous les deux raisons. Canal Street est un quartier où prime l’amour de l’autre et abrite ceux qui recherchent un endroit dans lequel ils peuvent se sentir chez eux, se rencontrer sans préjugés. Et son histoire explique aussi que c’est un lieu d’accueil, plus encore que les autres quartiers de Manchester.

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Petite traduction maison, alors oui ce n’est que du Wikipédia, cela dit, vous ne trouverez pas autant d’informations sur le site français !

Canal Street se développe lorsque le Canal Rochdale, une artère commerciale qui traverse la ville, est créé, en 1804. Des pubs et autres commerces s’ouvrent pour servir les usagers du canal, en particulier les personnes qui s’arrêtent à proximité de l’écluse.

C’est à partir du 20eme siècle qu’on associe ce quartier à la communauté gay. Dans les années 1960, l’usage du canal a grandement diminué en raison du développement des autres moyens de transports.

Bien qu’assumant la forme d’une zone industrielle qui abrite principalement des usines de coton, pendant la nuit, le lieu est un « quartier rouge » (Comme ceux d’Amsterdam, Francfort, Hambourg ou en Thaïlande). Avec l’effondrement de l’industrie du coton, dans le nord de l’Angleterre, Canal Street souffre du déclin urbain. L’endroit, le long du canal, est parfait pour que les hommes gays se rencontrent clandestinement car il est peu éclairé et désert mais à proximité de grandes lignes de transports telles qu’Oxford Road et la gare de Piccadilly.

En 1980, James Anderton, chef de police du Grand Manchester, accuse les personnes gays de « tourbillonner sur leur propre cloaque » (grande classe ce type). Selon Beatrix Campbell, journaliste et activiste anglaise, « il encourage ses agents de police à les traquer dans les allées humides et à les mater (entendez-y le sens que vous voulez, ah les subtilités de la langue anglaise…), pendant que la police sur des canaux à moteur avec leurs projecteurs « draguent » (du champ lexical nautique, bien entendu…), passent devant les hommes gays autour de l’écluse et du pont ». James Anderton est questionné sur la surveillance des alentours de Canal Street, nie qu’il est motivé par un préjugé anti-gay et affirme qu’il fait seulement appliquer la loi qui concerne l’activité sexuelle dans les toilettes publiques.

La police du Grand Manchester, sous son autorité, maintient un régime strict sur les licences des bars et discothèques dans le centre de Manchester. En 1991, Anderson prend sa retraite.

L’ouverture du « Manto », un bar, en 1990 est considéré comme un cataylseur pour l’inauguration d’un grand nombre des bars et clubs actuels, dans le Village. Manto est créé quand Carol Ainscow, une promotrice immobilier gay, aux côtés de son associé Peter Dalton, achètent un garage automobile sur Canal Street. Le bâtiment est le premier du quartier à être doté d’une vitrine. Ainscow déclare : «  ça me rend malade de devoir frapper aux porte et me cacher ». Malgré cela, elle affirme aussi que pendant les six premiers mois d’activité, Manto perd continuellement de l’argent, en raison de la peur des gens d’être vus à l’intérieur. Pour information, j’ai appris que Manto a fermé ses portes en 2013, à la suite du décès de Carol Ainscow, d’une tumeur au cerveau, à l’âge de 55 ans. Des articles de presse ont salué son travail pionnier dans le village. Le « On Bar » à ouvert depuis, à son emplacement.

La reconnaissance officielle du village par la Mairie de Manchester est autre catalyseur de son expansion, dans les années 1990. A la suite du passage d’un certain nombre de politiques anti-discrimination dans le domaine de la sexualité à la fin des années 1980, le conseil municipal affirme sa position de  pionnier dans le travail sur l’avancée des droits lesbiens et gays (avec la mise en place d’un service de santé dédié à la lutte contre le sida, des agents de presse et de marketing bienveillants comme Chris Payne et Tony Cross, un « Groupe d’égalité » pour les membres lesbiens et gays, incluant Paul Fairweather, Marcus Woolley, Chris Root, Maggie Turner, Terry Waller et Mark Ovenden). Par ailleurs, avec l’installation de lieux clefs comme les bibliothèques, les services et hébergements pour enfants, les autorités officielles mettent l’accent sur le renforcement de l’aspect communautaire du Village. Cela passe majoritairement par le soutien de la Parade Gay annuelle de Manchester, l’acquisition de Sackville Street Gardens en 1990 et le fait que le conseil municipal de Manchester est le premier du Royaume-Uni à se positionner en faveur du PACS.

Le village est unifié par les problèmes qui concernent la communauté gay, tels que la Section 28, avant qu’elle ne devienne une loi en 1988 après sa ratification. Pour vous expliquer un peu, la Section 28 ou l’article 28 de l’acte de gouvernement local de 1988 est un amendement controversé à l’acte de gouvernement local de 1986 au Royaume-Uni, abrogé le 21 juin 2000 en Écosse et le 18 novembre 2003 dans le reste du Royaume-Uni par la section 122 de l’acte de gouvernement local de 2003. L’amendement prescrit que l’autorité locale « ne doit pas promouvoir intentionnellement l’homosexualité ou publier de documents dans l’intention de promouvoir l’homosexualité » ou « promouvoir l’enseignement dans aucune école publique de l’acceptabilité de l’homosexualité en tant que prétendue relation familiale ».
Ian Wilmott, un conseiller municipal gay explique que de la Section 28 est une si monstrueuse attaque contre les libertés civiles que des centaines de militants viennent ensemble s’y opposer. La population gay se sent assaillie et n’a pas sa place dans la ville. Elle a besoin d’un lieu de vie, bien plus qu’un club. Par ailleurs, selon John Hamilton, Président de l’Association des commerces du Village, la connaissance croissante de la menace du sida sur la communauté gay participe à fédérer le village.

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One thought on “Canal Street, un petit village pour une grande avancée des libertés civiles

  1. Bon contenu, de l’info vraiment juste.

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